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ESIEE - 1996


La flexibilité des salaires


OBERLE Vincent


La flexibilité des salaires est régulièrement évoquée comme un moyen d'améliorer la situation de l'emploi en France. Il s'agirait de faire varier les salaires en fonction de l'efficacité du travailleur, des pressions du marché et des résultat de l'entreprise. Ce n'est pas une baisse du niveau moyen des salaires : une participation aux bénéfices représente déjà une flexibilité.

La baisse des salaires est-elle vraiment le moyen de rendre l'offre française plus compétitive ?

L'exemple américain montre effectivement que des salaires plus bas permettent de baisser les prix, d'avoir de nouveaux clients, d'embaucher, etc. Mais cela n'est pas sans risques. En effet, une masse salariale réduite peut faire baisser la demande sur le marché national qui reste le plus important débouché des entreprises et provoquer du chômage.

Par ailleurs, il faut savoir que la modernisation compense les salaires élevés et qu'une baisse des salaires peut diminuer l'incitation à se moderniser : on entrerait dans une logique de pays sous-développé. L'OCDE estime ainsi que la suppression du SMIC en France n'aurait aucune incidence sur le chômage).

La baisse des salaires ne peut donc être qu'une mesure ponctuelle.

Mais il est vrai que le niveau du salaire moyen doit être directement lié à la valeur marchande de la production industrielle. Il ne peut être supérieur (une entreprise ne peut distribuer plus de salaire qu'elle ne produit de valeur ajoutée) et il doit même être inférieur puisqu'il faut conserver de la valeur ajoutée pour les investissements et les prélèvements de l'état.

Néanmoins, la flexibilité des salaires peut-elle stimuler l'efficacité ?

Le passage du salaire au rendement au salaire horaire fut un progrès social et économique, mais la variation actuelle des salaires, uniquement possible à la hausse, fait que les écarts de salaires ne reflètent pas les écarts d'efficacité.

Les effets pervers sont connues : elle n'incite pas à l'efficacité, et l'efficacité n'est de loin pas le seul facteur de promotion.

Les syndicats s'opposeraient à la flexibilité de salaires, mais une flexibilité négociée portant sur une seule fraction du salaire, et avec des limites, seraient possible. Mais une difficulté fondamentale se pose alors : quels sont les critères objectifs d'évaluation de l'efficacité ?


Sources : L'économie française face aux défis mondiaux
J. et G. BREMOND
Editions HATIER