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ESIEE - 1997


L'ouverture du capital de
France Télécom


CHOISEL Sylvain
HUET Alexis
OBERLE Vincent
PERFETTA Rodolph



Sommaire


Introduction

1 Contexte économique et politique
1.1 France Télécom hier et aujourd'hui
1.2 Contexte législatif et européen

2 Ouverture du capital : mode d'emploi
2.1 Privatisation et ouverture du capital
2.2 Les étapes de l'ouverture du capital

3 Enjeux de l'ouverture du capital
3.1 Séduire les actionnaires
3.2 Satisfaire ses clients
3.3 Fédérer les employés
3.4 Soulager l'Etat

Conclusion

Bibliographie



Introduction.


A l'aube du 3ème millénaire, les télécommunications constituent le socle sur lequel repose la globalisation de l'économie. Ce secteur, à l'origine constitué de monopoles, devient de plus en plus concurrentiel, et les rares compagnies restant encore sous le contrôle de l'Etat doivent intégrer cette logique concurrentielle pour ne pas rater le train de la forte croissance de ces marchés.

Il n'est pas étonnant que, dans ce contexte, l'ouverture du capital de France Télécom suscite un tel engouement médiatique. Et malgré un contexte politique a priori défavorable et une situation économique toujours difficile, l'opération est un succès. Un succès qui ne reflète pourtant que partiellement le débat souvent passionné que provoquent les privatisations en France.



1 Contexte économique et politique.


1.1 France Télécom hier et aujourd'hui.


Bref historique

En 1990, France Télécom a quitté le giron de l'administration en recevant une autonomie financière et de gestion. L'entreprise a été transformée en société anonyme à conseil d'administration en 1996, tout en restant investie de ses missions de service public ; mais l'Etat restait actionnaire à 100 %. En continuant sur la voie d'une autonomie croissante, le gouvernement a décidé de se séparer de 20 à 25 % de son capital et d'introduire le titre en bourse en 1997.

Activités

Les services de téléphonie fixe constituent les 2/3 du chiffre d'affaire. Son réseau entièrement numérique est l'un des plus avancés au monde. France Télécom est aussi le 5ème opérateur mondial en terme de volume de trafic international.

Global One, alliance entre France Télécom, Deutsche Telekom et Sprint, offre une gamme complète de services internationaux.

L'opérateur est aussi présent dans les services de transmission de données et de diffusion par câble. Encouragé par la volonté politique, France Télécom cherche à intensifier le développement de l'Internet en France.

France Télécom en chiffres

Avec 33 millions d'abonnés, France Télécom occupe aujourd'hui le 4ème rang mondial des opérateurs, avec un chiffre d'affaire de plus de 150 milliards de francs et un bénéfice de 9 à 12 milliards.

Exercice clos le 31 décembre 1996
en millions de francs en pourcentage
Services de téléphonie fixe 102 263 67,6 %
Liaisons louées et services de transmission de données 12 323 8,1 %
Services de télécommunications mobiles 11 232 7,4 %
Ventes et locations d'équipements 8 163 5,4 %
Services d'information 6 887 4,6 %
Services de télédiffusion et de télévision par câble 6 293 4,2 %
Autres 4 098 2,7 %
Total 100 %


1.2 Contexte législatif et européen.


La réglementation communautaire en matière de télécommunication a pour objectif de créer un marché européen harmonisé et libéralisé. Ce qui d'après la commission ne peut que favoriser la compétitivité du marché européen au profit des utilisateurs.

Dans cette optique l'adoption rapide ainsi que la mise en place effective de la réglementation européenne est vitale pour assurer le développement de la concurrence au bénéfice de tous les utilisateurs.

La commission a donc fixé un cadre réglementaire pour atteindre ces objectifs. Ce cadre repose sur trois principes de base suivants :

  • Libéralisation des secteurs sous monopole. Commencé par la libéralisation de fourniture d'équipements terminaux en 1988 suivi par la libéralisation des services à valeur ajoutée, des services de transmission de données et des services vocaux, ce processus s'achèvera par la libéralisation des services et équipements de communication par satellite, des réseaux câblés et des services de communications mobiles.

    Il est à noter que la commission autorise un délai de report de libéralisation pour les Etats membres dont les réseaux sont peu développés.

  • L'harmonisation du marché européen. Le but est d'établir des règles et des normes harmonisées en matière de services et de technologies, favorables au développement d'un marché commun.
  • L'application des règles de concurrences. La libéralisation et l'harmonisation sont deux aspects d'un même processus, mais ces directives reposent sur des bases juridiques différentes. Cependant elles doivent être appliquées simultanément pour réussir.

Consciente de l'importance des télécommunications, la Commission Européenne a décidé d'adopter une approche conciliante en soutenant les efforts des Etats membres (réunions bilatérales avec les autorités compétentes pour faciliter la transposition de cette législation en droit interne) et en recourant aussi peu que possible aux procédures officielles.

La Commission Européenne cherche avant tout à favoriser la construction européenne et le consommateur : la libéralisation des marchés est pour elle une étape indispensable pour y parvenir. Le marché français doit lui aussi s'ouvrir à la concurrence, la privatisation de France Télécom semblait donc inévitable quand on sait combien la France a à coeur de donner l'exemple en matière d'Europe.



2 Ouverture du capital : mode d'emploi.


2.1 Privatisation et ouverture du capital.


Avant le lancement de l'opération, l'objectif affiché par France Télécom était d'atteindre le chiffre de deux millions de petits porteurs. Au terme de la période de réservation, l'action a séduit plus de 2,5 millions de personnes. Ce nombre important reste loin du succès des privatisations des années 80, à l'image des quatre millions de la compagnie financière Paribas.

Mais les dernières entreprises privatisées au cours des années 80 n'avaient pas eu les performances attendues, et aujourd'hui, la bourse attire moins les particuliers. Une chance pour le succès de l'ouverture du capital que la tempête boursière de fin octobre n'ait eu lieu qu'après l'opération.

Cette ouverture du capital, aussi appelée privatisation partielle, permet à l'Etat de conserver la direction de France Télécom avec 60% du capital, évitant ainsi des conflits sociaux au sein de l'entreprise. Le gouvernement prenait toutefois le risque d'effrayer les actionnaires potentiels qui auraient pu hésiter à investir dans une entreprise soumise aux aléas politiques.

La bourse et France Télécom

Il est probable que le retard pris dans la privatisation de France Télécom ait eu des conséquences sur le succès de l'introduction en bourse. Contrairement à la situation de mai, les investisseurs ont eu l'embarras du choix dans le secteur des télécommunications, puisque les compagnies italiennes, portugaises et australiennes ont été privatisées durant la même période. De plus, le prix retenu (182 francs pour les particuliers et 187 pour les institutionnels), se situe dans le haut de la fourchette de départ et a peut-être refroidi certains investisseurs.

Pourtant, contrairement aux habitudes, l'action France Télécom est entrée rapidement dans le CAC 40, l'indice des 40 plus importantes valeurs boursières françaises, et la pondération de l'action France Télécom y est calculée sur 100 % du capital. Les portefeuilles calqués sur le CAC 40 ont dû intégrer une quantité importante de titres France Télécom, qui représentent entre 6,5 et 7,5 % de l'indice.


2.2 Les étapes de l'ouverture du capital.


Pour ouvrir le capital de France Télécom, le gouvernement a utilisé, comme lors des précédentes privatisations, un système de réservation. Mais jusqu'à présent, les investisseurs attendaient le dernier moment pour acheter afin de mieux connaître la tendance de la Bourse. France Télécom a inauguré une nouvelle formule en offrant un avantage à ceux qui ont réservé : la certitude d'être au moins deux fois mieux servis que ceux qui n'auraient pas réservé.

Après cette période de réservation où, inconnue supplémentaire, les intéressés ne connaissaient pas le prix définitif de l'action, l'offre à prix ferme (OPF) a permis à ceux qui n'avaient pas encore réservé de passer leurs ordres d'achats et aux autres éventuellement de se désister.

Ensuite, l'action a été cotée à la Bourse de Paris où les spéculateurs ont pu prendre tout de suite leurs bénéfices à hauteur d'une vingtaine de francs par action. Mais l'investissement dans le capital de France Télécom devrait plutôt se révéler intéressant à long terme. L'entreprise prévoit en effet de distribuer en dividendes entre 45 et 50 % de son résultat net. De plus, les particuliers recevront dans 18 mois une action gratuite pour dix achetées aujourd'hui.



3 Enjeux de l'ouverture du capital.


3.1 Séduire les actionnaires.


Pour les actionnaires, il est probable que France Télécom devienne une bonne affaire. Sa taille en fait le deuxième opérateur européen. La modernisation de son réseau étant achevée, France Télécom dispose d'un très bon rapport nombre de lignes / nombre d'employés, et la qualité des installations lui assure un taux de satisfaction élevé.

La réglementation bien définie devrait aussi rassurer les investisseurs. Contrairement à Deutsche Telekom, elle semble plutôt favorable à France Télécom.

L'ART (Autorité de Régulation des Télécommunications) a fixé les tarifs d'inter-connexions, prix que paieront les concurrents pour se brancher sur son réseau, à un niveau plutôt favorable à France Télécom. Enfin le marché français des télécommunications a des perspectives de croissance élevées.

Pourtant, pour faire face à la concurrence, France Télécom se voit obligé de diminuer fortement ses marges, d'où un bénéfice probablement moins important. Une guerre des prix entre opérateurs pourrait faire fondre les dividendes des actionnaires.


3.2 Satisfaire ses clients


Jusqu'alors en situation de monopole, France Télécom a dû ces derniers temps multiplier les efforts vis à vis de ses 26 millions d'abonnés afin de préparer l'ouverture à la concurrence le 1er janvier 1998. L'ouverture du capital ne peut que renforcer cette tendance à considérer les abonnés comme des clients et non plus comme de simples usagers.

Des actionnaires qui sont aussi des clients doivent d'autant plus inciter France Télécom à satisfaire ses abonnés, tout en conservant sa vocation de service public. Pour faire face à la concurrence qui s'annonce, France Télécom ajuste depuis quelques années ses tarifs à la baisse, surtout pour les communications longue distance. Mais l'opérateur compense ces baisses avec la hausse de l'abonnement, ce qui mécontente les adeptes des communications locales et de l'Internet.

France Télécom reste néanmoins l'un des opérateurs les moins chers d'Europe, ce qui ne devrait pas se démentir après le 1er janvier 1998.


3.3 Fédérer les employés.


Les opinions au sein du personnel sont assez hétéroclites. Beaucoup craignent que les conditions de travail suivent la logique du privé. La peur de perdre à plus ou moins court terme leur statut de fonctionnaire est aussi une des causes de l'agitation sociale de ces dernières semaines.

D'autres voient plutôt une chance pour leur entreprise ; ils ont d'ailleurs pu profiter des actions proposées à un tarif préférentiel pour entrer dans le capital de la société. Il est en outre intéressant de noter que les mouvements de protestation contre la privatisation n'ont pas rassemblé beaucoup de salariés.


3.4 Soulager l'Etat.


Cette ouverture du capital est l'une des plus lucratives pour l'Etat. Elle devrait en effet rapporter plus de 40 milliards de francs, qui seront principalement utilisés pour recapitaliser des entreprises publiques telles que GAN et Thomson-Multimédia. Le reste aiderait à se satisfaire aux critères de la monnaie unique.



Conclusion.


Dans un secteur en pleine mutation, cette ouverture du capital n'est qu'une étape pour France Télécom. Il s'agit maintenant de montrer que l'entreprise a la souplesse nécessaire pour lutter contre des géants des télécommunications de plus en plus puissants.

Pourtant, l'entrée en bourse n'est probablement pas la solution à tous les problèmes, comme nous le montrent la récente crise sur les marchés financiers et les difficultés de Deutsche Telekom. France Télécom doit avoir une stratégie à la fois internationale et à long terme. Il lui faut non seulement conquérir de nouveaux marchés étrangers, mais aussi conserver la plus grande part possible du marché français, part de plus en plus menacée par de nouveaux concurrents nés de la fin du monopole de l'opérateur en 1998.



Bibliographie


Note d'opération définitive mise à la disposition du public à l'occasion de l'offre à prix ferme par l'Etat
Les Echos, supplément gratuit au numéro du 7 octobre 1997.

Directives de la Commission du 28 juin 1990 relative à la concurrence dans les marchés des services de télécommunications
Journal officiel des Communautés européennes, 24 juillet 1997.

Dans une agence de Paris, les employés espèrent ne pas avoir perdu le fil
Jean-Emmanuel Ducoin,
L'Humanité, 23 septembre 1997, page 4.

Jean-Michel Hubert : la concurrence dans les télécoms requiert plus de deux acteurs
Propos recueillis par Philippe Escande,
Les Echos, lundi 5 mai 1997, page 14.

Une belle valeur et quelques lourdes incertitudes
Philippe Escande,
Les Echos, mardi 23 septembre 1997, page 16.

France Télécom a séduit plus de 2,5 millions de futurs actionnaires
Philippe Escande et Pascal Hénisse,
Les Echos, mardi 7 octobre 1997, page 16.